Selon le rapport ''Assurer notre avenir'' lancé lundi par la Commission sur le VIH/SIDA et la gouvernance en Afrique, la maladie réduit les capacités dans tous les secteurs sociaux et économiques, minant et retardant le développement général de la région.
Il estime que d'ici à 2020, les neuf pays subsahariens les plus gravement touchés peuvent perdre 13 à 26 pour cent de leurs travailleurs agricoles à cause du SIDA -- des personnes qui sont également des chefs de familles, des mères et pères de jeunes enfants et ont beaucoup plus de rôles de participation à leurs sociétés.
Le rapport a été publié lorsque des chefs d'Etat, des diplomates et des groupes de la société civile se sont regroupés au siège de l'ONU mardi pour une rencontre de haut niveau, de deux jours, afin de passer en revue les progrès réalisés depuis que l'Assemblée générale a fait une déclaration importante sur le VIH/SIDA en 2001, et de rechercher de nouveaux engagements de financement et la volonté politique pour s'attaquer à la maladie.
La commission sur l'Afrique a présenté un plan d'action demandant une politique plus forte et une réponse programmatique dans les domaines de la prévention, du traitement et du financement, notamment un cadre de nouveaux donateurs pour le financement.
S'exprimant lors d'une conférence de presse, Peter Piot, le directeur du Programme conjoint des Nations Unies sur le SIDA (ONUSIDA), a déclaré que le rapport ''aborde non seulement les aspects médicaux et sanitaires'', mais aussi l'impact de la maladie sur la gouvernance, répondant aux questions comme : ''Que devraient faire les pays africains? Quels sont les impacts sur la société au-delà du secteur de la santé? Affecte-elle la capacité de poursuivre la résistance, en particulier en Afrique australe en termes de services publics qui peuvent être fournis, et le secteur privé, et ce qu'elle peut faire à la main-d'œuvre, et cetera?''
Toutefois, certains représentants de la société civile ont dit que la commission n'était pas allée loin dans sa mission.
''C'est décevant que le rapport ne mette pas l'accent sur les défis majeurs actuels en Afrique, tels que l'incapacité des gouvernements à honorer leur engagement d'Abuja de consacrer 15 pour cent de leurs budgets à la santé, la menace qui pèse sur le financement et l'engagement politique vis-à-vis de l'objectif d'accès universel [au traitement] d'ici à 2010'', a indiqué à IPS, Aditi Sharma de 'Action Aid', une ONG internationale.
Elle a également cité les décès croissants dus à la tuberculose, la menace que représentent les souches du VIH résistantes aux médicaments, et ''la criminalisation grandissante de la transmission du VIH à travers la région''.
Sharma et Olayide Akanni, toutes deux membres du 'Nigerian group Journalists against AIDS', ont affirmé que bien que le rapport ait identifié bon nombre des principaux vecteurs du VIH/SIDA, il n'a pas réussi à apporter des solutions concrètes sur ce qui devrait être fait.
''Ce n'est pas que les recommandations soient mauvaises, mais elles ne sont pas assez fortes et n'abordent pas les questions des femmes'', a affirmé Akanni à IPS.
Les deux représentantes d'ONG ont été très critiques du fait que le rapport n'ait pas accordé une attention suffisante à l'égalité de genre et à la violence contre les femmes en tant qu'aspects clés de la pandémie.
La commission a été largement dominée par des hommes, avec seulement six femmes sur les 19 membres.
Compte tenu du fait que 61 pour cent des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique subsaharienne sont des femmes et des filles, Sharma a déclaré à IPS que ''c'est très décevant de ne pas avoir une forte concentration -- ou même un chapitre séparé -- sur les femmes, étant donné de la féminisation de la pandémie''.
''Nous condamnons le manque d'action et de ressources pour s'attaquer à la féminisation de la pandémie par les gouvernements et les appelons à mettre en place des programmes spécifiques avec des budgets consacrés à la promotion et à la protection des droits des femmes -- tels que le droit à la santé et à l'éducation, le droit d'hériter les biens, le droit à la terre et aux moyens de subsistance, le droit de vivre à l'abri de la violence et les droits à la santé sexuelle et de la reproduction'', a-t-elle souligné à IPS.
''J'aurais réellement espéré, en tant qu'activiste, une forte recommandation sur la manière d'améliorer la situation en termes de responsabilité politique des gouvernements africains'', a ajouté Sharma.
''Nous demandons également une plus grande participation et un leadership des défenseurs des droits des femmes, spécialement des femmes vivant avec le VIH, dans la conception et la mise en œuvre des réponses nationales et régionales au SIDA'', a-t-elle poursuivi.
S'exprimant lundi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a abordé le rôle crucial de la lutte contre la pandémie comme ''une condition préalable'' pour atteindre la quasi-totalité des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) fixés par les dirigeants du monde en 2000 pour réduire de façon significative la faim, la pauvreté, la maladie et la malnutrition et pour promouvoir l'égalité de genre, entre autres, d'ici à 2015.
Les progrès vers les OMD à leur mi-parcours seront examinés par l'Assemblée générale en septembre prochain.
http://ipsinternational.org